Personnage de forum RPG / Enza Armani ¤ Vampire

Enza Armani sous les traits de l'actrice Liv Tyler ©DR
Enza Armani sous les traits de l’actrice Liv Tyler ©DR

Personnage de forum RPG : Enza Armani / Vampire

Peut aussi servir d’aide*
à la création d’un personnage sur un forum de jeu de rôle (RPG)
 

Avant toutes choses, si « Forum RPG ou RP » vous parle aussi clairement que du chinois mandarin (pour ceux qui ne parlent pas chinois évidemment), direction immédiate vers une autre contrée : Forums RPG : laisser parler son imagination

*Aide ne veut pas dire plagiat 😉 Toute reproduction partielle ou intégrale de cette fiche, pour un forum ou toute autre plateforme, est évidemment interdite. Ce personnage, si il a été adapté et créé pour le forum rp Blood-Empire, est sorti de mon imagination. Je vous prierai donc de respecter cela.

Enza Armani
Feat. Liv Tyler

DESCRIPTION
RACE : Vampire
ÂGE RÉEL & ÂGE PHYSIQUE  : 400 ans / 28 ans
APPARENCE PHYSIQUE
Élancée, de longs cheveux bruns soyeux, de grands yeux bleus profonds, des jambes à n’en plus finir, des fesses fermes et rebondies, une poitrine à en faire pâlir toutes les immortelles, comme les mortelles d’ailleurs, des lèvres pulpeuses. Superbe en sommes. Vous vous attendiez à autre chose ?
PERSONNALITÉ
J’ai plusieurs personnalités. Celle que je déploie avec grâce et superbe, lorsque je suis en présence de ces… humains, et celle qui est ma nature profonde et que je ne cache pas en présence d’êtres surnaturels. Difficile de dire lesquels ont le moins de chance en fin de compte…
Personne ne doit et ne peut me résister, cela n’est pas tolérable. Quand je veux quelque chose, je finis toujours par l’obtenir, d’une façon ou d’une autre. J’ai toujours haïs cette humanité qui ne confère pas le plus petit avantage, quant l’immortalité accorde tout. La beauté, la jeunesse, la puissance. Les êtres humains sont faibles… ils n’ont été créés que pour être dominés. Alors est-ce ce que je je fais de mieux en ce bas monde : les dominer. N’essaies pas de jouer au plus malin, j’aurai toujours l’ascendance sur toi, tiens te le pour dit. Et si malgré cet avertissement, tu ne comprends pas. Eh bien… il ne te restera peut être que tes yeux pour pleurer sur l’amertume de ton erreur. Car sache que si tu penses savoir ce qu’est la véritable cruauté, le réel sadisme, le manque total de scrupules, tu es encore bien loin du compte tant que tu n’auras pas croisé ma route.
Obéis, cela sera mieux pour toi. Pour moi ? Oh non… car il n’y a rien de plus jouissif que de torturer une âme faible. Et ce n’est pas cela qui manque en ce monde. Aplatis-toi… et surtout, ferme là. Tu n’auras qu’à mettre ça sur le dos des origines. Il parait que les italiens… ça a le sang chaud. Ironique pour une vampire, non ?
TRAITS DE CARACTÈRE
 Intelligente, cruelle, sadique, sans scrupules, peut être parfois très grossière, fausse, maligne, fait très attention à son apparence, manipulatrice, a de l’humour mais il est souvent empreint de cynisme, possessive, caractérielle, susceptible, ambitieuse.
POUVOIRS
Télépathie
Enza peut capter les pensées comme si elles étaient prononcées à voix hautes. Si plusieurs personnes sont rassemblées autour d’elle, elle ne peut entendre les pensées que d’une personne en même temps.
NB : Comme ce pouvoir peut facilement tomber dans l’anti-jeu, les pensées captées par le personnage seront toujours entendues au préalable par mp avec la personne concernée.
Hypnose suggestive
Dans la lignée de ses pouvoirs mentaux, Enza peut suggérer à quelqu’un de faire ou dire quelque chose à un instant T. Celui ou celle qui est victime d’hypnose ne se souvient pas de l’échange qui concerne l’hypnose (exemple : Enza demande à un humain de lui dévoiler les habitudes de son maître, une fois l’information donnée, l’humain ne se souviendra pas qu’on lui a posé la question ni d’avoir répondu)
NB : La suggestion ne peut concerner que de petites choses qui ne mettent en danger ni la vie de la personne visée ni celle d’une autre (pas de « tue moi celui-là » par exemple). Egalement j’essaierai de rester fairplay au maximum, mais si la suggestion vous semble un peu trop abusée, on en discute par mp et je change mon fusil d’épaule évidemment.

BACKGROUND

DEUX NAISSANCES POUR UNE SEULE VIE

Au milieu du XVIIème siècle, l’Italie traverse une période de troubles à bien des égards. Politique, économique, sociale, le pays se fissure de toutes parts. Enfin… presque de toutes parts.
Une catégorie sociale reste cependant épargnée, celle de la bourgeoisie. Ces descendants d’illustres et anciennes familles qui ont eu l’intelligence de se retirer bien loin dans la campagne italienne, bien loin de l’agitation, de la famine et des maladies qui peuplent désormais toutes les grandes villes.

Depuis, je suis certaine que la moitié des malheurs qui pleuvaient sur mon pays était de ton fait.

Je suis née au coeur de l’une de ces nobles familles. De celle que l’on respecte soit pour leur grande bienveillance et l’argent qu’elles éparpillent sans compter, soit par la crainte de leur pouvoir.
L’argent… a toujours dominé le monde, depuis aussi loin que remontent les souvenirs du premier homme. Il ouvre toutes les portes, permet de s’offrir jusqu’aux plaisirs les plus démesurés. Mais ce ne sont pas ses seuls avantages… Quelques pièces d’or permettent de délier ou au contraire lier les langues, d’acheter les consciences, de provoquer de subit trous de mémoire. Bien pratique, seul un sot ne le reconnaîtrait pas.

Tu m’auras appris bien des choses, mais gérer l’argent, ça, clairement pas. Quelle mauvaise gestionnaire de fortune tu aurais fait…

Ainsi a été mon enfance, mon adolescence, ma vie jusqu’à ce qu’une rencontre bouleverse mon existence pour toujours. Une gentille petite fille gâtée, à qui l’on ne refuse pas le plus petit caprice. Une petite fille qui, si elle a toujours eu en horreur ses pairs, a très tôt su manipuler son monde. Un joli sourire, de grands yeux larmoyants. C’était tellement facile que ça n’en était plus du tout amusant à force…
Mes journées se déroulaient toujours de la même manière. D’aimables et serviables servantes s’occupaient de moi pendant des heures et des heures, le tailleur voyageait sans cesse pour me trouver les plus belles étoffes, le cuisinier prenait grand soin de satisfaire mes moindres désirs. Je possédais tant de chevaux que je finissais par ne plus savoir lequel monter.
Mais tout cela n’arrivait plus à combler mon ennui latent.

Alors… j’ai du trouver d’autres passe temps.

Saviez-vous qu’il est fort amusant de torturer une servante ? Non ? Vous devriez essayer…
Elles sont si dociles, si… craintives. J’entends encore leurs pleurs, douce complainte qui sonne si merveilleusement à mes oreilles. Petit épiderme fragile qu’un tout petit rien est capable de blesser si profondément. Elles ne crient pas. Non. Elles ont bien trop peur pour cela. Pauvres âmes maudites dont le juste sort n’a pas voulu.

Je n’ai jamais su son nom. Étrange n’est-ce pas…

Du sang.
Dégoulinant le long des murs, suintant des plaies largement ouvertes, absorbé par le velours bleu clair des fauteuils de la salle de séjour. La vibrante couleur carmin a pris possession de ma demeure. De toute ma demeure. Du sol jusqu’au plafond, aucun centimètre carré n’aura été épargné. Tous morts, jusqu’au dernier.
A cette époque les talons aiguilles n’étaient pas vraiment à la mode, si vous voyez ce que je veux dire. C’est donc à pas feutrés que je pénétrais dans la vaste pièce. Y règne un silence de mort, plutôt fort à propos en l’occurrence.
Ma mère, mon père, ma petite soeur de cinq ans, mes cousins venus pour le week end (ils auraient mieux fait de s’abstenir, enfin… je ne pouvais pas les saquer de toutes façons), mes grands parents, mes servantes, le majordome… ça en fait du monde d’égorgé en plein milieu de mon salon.

Je me rappelle encore aujourd’hui ma première pensée. Comment vais-je réussir à nettoyer tout ce bordel toute seule…

28 ans, plus de famille. A moi la vie d’orpheline éplorée que chacun prendra en pitié. A moi la protection des puissants, l’argent qui va avec. Même si… l’argent, ce n’est vraiment pas ça qui manque car étant donné que ma famille vient d’être disséminée, l’héritière unique c’est moi.
On se pressera à ma porte pour demander ma main. Parce que je suis belle, désirable et en pleine force de la jeunesse. Parce que je suis riche et orpheline. Peut être pour toutes ces raisons cumulées. J’aurai l’embarras du choix et personne ne pourra ouvertement s’offusquer de mon refus. Eh oui… la pauvre petite orpheline qui a assisté au massacre de sa famille… on ne pourra décemment pas la brusquer, ça ne serait pas très humain.

Combien de temps suis-je restée là… à réfléchir à toutes ces choses, sans me morfondre un seul instant, plantée comme un piquet au centre de cette scène de carnage.

~ Tu as fini ?

Quelques battements de cils me ramènent à la réalité. Pas la réalité de ce qui s’étale sans pudeur sous mes yeux, tous ces abdomens et ces gorges ouverts aux quatre vents, non… la réalité de cette voix. Une voix de femme, plutôt suave, au timbre amusé.
Mes iris clairs balayent la salle à la recherche de celle qui vient de s’adresser à moi, sans doute, vu qu’il n’y a personne d’autre de vivant dans cette pièce que moi.

Ce sera la première fois que je t’ai vue. A cet instant j’ai pensé que tu étais sans doute la plus belle femme de ce monde. Mais tu le sais déjà n’est-ce pas.

~ Puis-je savoir qui vous êtes et ce que vous faites dans mon salon ? Vous ne voyez pas que j’affronte un véritable drame ?!

Tout y est. Les lèvres tremblantes, les larmes qui perlent au bord de mes cils, le visage légèrement rougi, les poings qui se serrent. J’aurais pu être comédienne… s’il ne m’ennuyait pas par avance d’imaginer rejouer cent fois la même scène. La comédie spontanée et improvisée reste ma version favorite.
Un puissant éclat de rire s’extirpe de la gorge déployée de la jeune femme qui semble trouver mes paroles extrêmement drôles. Pour la première fois de ma vie, j’avoue être complètement décontenancée. Ce qui l’entoure devrait la rendre folle de terreur, ou au moins d’angoisse, et pas la faire rire de cette manière (je suis mal placée pour dire ça, je vous l’accorde). A moins que….
Mes sourcils se froncent.

~ C’est vous qui êtes responsable de ce carnage ?!

Visiblement enclin à me faire aller de surprise en surprise, la voici qui lève le pouce vers le ciel pour m’indiquer qu’effectivement c’est le cas… J’en reste bouche bée sur le coup. Pas pour ce qu’il s’est passé. Je n’ai jamais eu aucune affection pour ma famille. Qu’ils soient morts ne me confère pas la moindre peine, pas le plus petit remord. Non… ce qui me choque c’est sa désinvolture et son immense culot.

~ Bon allez arrête de jouer les jeune vierge effarouchée et la gentille petite fille en deuil, tu n’es ni l’une ni l’autre.

Elle se rapproche à pas de velours, enjambant avec une certaine grâce les corps qui jonchent le sol. Je ne bouge pas. En fait… je ne peux pas. Impossible de faire le moindre mouvement. Je suis tétanisée comme si on m’avait jeté je ne sais quel sortilège.

~ Et tu veux savoir comment je le sais… Susurre-t-elle en enroulant ses bras autour de mes épaules.

~ Parce que je lis dans tes pensées…

Ma Sire n’a jamais fait dans la dentelle. Que ce soit en terme d’actes ou de paroles. Elle possédait ce franc parler désarmant qui arrivait souvent à me mettre dans un état de grande perplexité, de surprise, voire me choquait parfois. C’est bien la seule personne en ce bas monde, qui réussissait un tel prodige. Du haut de mes 28 années, j’en étais arrivée à être la plupart du temps extrêmement blasée. D’où ma recherche perpétuelle de nouveaux défis, de nouvelles expériences, qui tendaient bien souvent plus vers ce que l’on qualifie de mal que de bien.

Alors… lorsque tu m’as expliqué qui tu étais, ce que tu représentais, ce que tu étais capable de faire… je n’ai pas hésité un seul instant.

La transformation s’est opérée immédiatement. Quand je dis immédiatement… je veux dire par là que nous n’avons pas attendu, nous n’avons pas discuté pendant des heures et des heures, je n’ai pas demandé de preuves de ce qu’elle avançait, car je savais qu’elle disait vrai. Une certitude qui aurait pu me coûter très cher, si elle s’était avérée fausse. Mais comme cela ne fut pas le cas, inutile de tergiverser sur ce point. Alors elle a fait ce qu’elle avait à faire. Là, dans mon propre salon, entourée des corps sans vie des membres de ma propre famille.
Par contre… je n’aurais jamais pu imaginer la douleur, la souffrance infâme qu’il fallait traverser pour devenir comme elle. Elle me l’a pourtant bien expliqué, dans les moindres détails. Allant droit au but, comme toujours, ses mots étaient limpides.

~ Tu vas souffrir comme jamais tu n’as souffert de ta vie entière. Si tu veux une mince comparaison… additionnes toutes les souffrances physiques et morales que tu as affrontées durant toute ton existence, cumules les, fusionnes les, et tu auras peut être un tout petit aperçu de ce qui t’attend.

Comme elle avait raison… au centuple de ce que j’ai pu m’imaginer.

Ce que j’avais envisagé ne se produisit donc pas. Mes rêves de soupirants se pressant à ma porte, de protecteurs et autres joyeusetés qui auraient suivi l’extermination de ma famille, n’auraient pas lieu. Il nous fallait partir. J’apprendrai bien vite que la vie de vampire est constituée pour beaucoup de voyages incessants, surtout à cette époque. Dès que les morts ou disparitions inexpliquées deviennent trop nombreuses, dès que le doute commence à peser sur nos épaules, il nous fallait prendre le large.
Avec le recul, je pense que c’est une étape sans doute sine qua none de l’existence d’un caïnite. On y passe tous, tôt ou tard. Est-ce même une façon de vivre à part entière pour certains d’entre nous.

Une simple mise en scène morbide… ma robe déchirée, tachée de sang, un mot laissé par le mystérieux commanditaire de ces meurtres et de mon pseudo enlèvement… et personne ne m’a jamais cherchée. Pensez-vous, les humains étant déjà couards de nature, enfin pour la plupart, ce n’est pas au XVIIème siècle qu’ils allaient sortir l’artillerie lourde pour chercher la dernière survivante d’une famille bourrée de blé. Non… c’était nettement mieux de piller la demeure familiale et toutes les richesses qu’elle possédait.
Enfin… au moins j’aurai eu la paix.

BIENVENUE CHEZ LES BOUSEUX

~ Non… tu déconnes là rassures-moi…

Un grand éclat de rire résonne à mes côtés. Ma stupéfaction outrée semble beaucoup amuser ma Sire qui marche à quelques centimètres de moi. Non mais sans rire… laissez-moi vous décrire la scène.
Nous avons passé des siècles côte à côté, près de quatre, pour être tout à fait exacte. Nous avons vécu dans les plus beaux palaces, manipulé de puissantes personnalités, détourné à notre avantage les esprits les plus brillants, fait tout ce que nous voulions, quand nous le voulions. Une vie de rêve, pas moins que cela.

Un beau jour ma Sire m’annonce en grandes pompes que nous allons nous installer pour de bon ! Première nouvelle. Elle fait sa crise d’adolescence, ça va lui passer… Ou pas.
Nous voilà parties pour la… Louisiane ?! Dans la série trou paumé tout en bas de la carte tu ne trouves pas mieux. En plus bonjour le niveau neuronal des habitants. Je n’y ai pas encore foutu un pied que je déteste déjà.
Mais bon c’est ma Sire. Elle ne fait jamais rien au hasard et ses décisions se sont toujours avérées plutôt justes. Alors si je n’entends rien au pourquoi du comment, tout d’un coup, il nous faut absolument nous installer dans un patelin de cette région dans la seconde qui suit, c’est qu’il doit bien y avoir une raison. Mais pour l’heure j’avoue qu’elle m’échappe complètement…

Si j’avais su… j’aurais refusé ce voyage. Car si tu as toujours su lire dans mes pensées, je n’ai jamais pu accéder aux tiennes.

Donc la scène en question. Oui je n’y étais pas encore, il fallait bien donner quelques informations ! Donc… sous mes yeux ébahis (et horrifiés), un marécage que ma Sire déclare être notre nouveau chez nous.
Alors… je sais pas ce qu’elle a pris, mais là clairement faut qu’elle arrête. A un moment je me demande même si le dernier humain dont elle s’est nourri n’était pas drogué jusqu’à la moelle. Mais non… elle semble parfaitement maîtresse d’elle-même. Ce qui n’est pas pour me rassurer il faut dire.

Quelques centaines de mètres après le large ponton contre lequel notre bateau a accosté, un village se dévoile. Et là… c’est le drame.
Des vampires, de zombies, des lycans… partout. C’est la foire d’empoigne ici ou quoi ? C’est quoi tout ce bordel ? Et qu’est-ce qu’ils font là tous ces gens ? Enfin… toutes ces créatures, devrais-je dire, même si je vois quelques humains la tête plus ou moins basse se balader par-ci par-là.

Mesdames et messieurs… la communauté des êtres surnaturels ! Le plus grand sketch qu’il m’est été donné de voir dans toute ma longue existence !

~ C’est hors de question ! Dis-je en stoppant net et en croisant les bras sur ma poitrine.

Toujours très amusée par la situation, ma Sire saute d’un pied sur l’autre comme une gamine qui découvre la dernière poupée à la mode. Franchement ma chérie, là ton charisme prend une méchante claque.

~ Allez, ne sois pas ronchon comme ça et laisses-toi le temps d’être convaincue. Tu verras ça viendra ! Je ne te demande qu’une chose…

Elle plonge son regard mordoré dans le mien et prononce ces mots en détachant chaque syllabe avec beaucoup de soin.

~ Tu vas simplement passer la nuit ici et si demain tu n’es pas convaincue, tu t’en iras.

Mon regard se voile d’un fin maillage grisâtre alors que j’acquiesce d’un hochement de tête d’une extrême lenteur. Plusieurs jours après, on ne pourra pas m’enlever cette idée de l’esprit. Elle a osé m’hypnotiser la salope ! Je n’en aurai jamais la certitude, pas tant que je ne l’aurai pas face à moi et qu’elle n’aura pas craché le morceau. C’est tout le problème de ce genre d’hypnose. La cible ne peut se souvenir qu’elle a été hypnotisée. Je suis bien placée pour le savoir, elle me l’a apprise ! Mais j’en suis certaine… Car même si aujourd’hui encore, je me souviens parfaitement avoir accepté presque de bonne grâce de passer la nuit dans ce trou, jamais je n’aurais pu cautionner ça si j’avais été moi-même.

Comment as-tu osé… Je crois que je t’en voudrais toujours pour ça.

Le lendemain j’avais repris mes pleins esprits. Certes j’avais passé la soirée et la nuit dans ce patelin grouillant de créatures d’un autre monde avec une fausse bonne volonté apparente, mais ça n’en était pas pour autant que je me réveillais heureuse et prête à vivre dans ce gourbis ! Vous m’avez bien regardée ? Mes talons ne sont pas du tout adaptés à cet endroit !

A mon réveil, ma première pensée a été de m’en aller aussi loin que possible. Puis… j’ai commencé à te chercher.

Finalement… le pire dans cette histoire, ça n’est pas le lieu, ça n’est pas ceux qui y vivent, ça n’est rien de tout cela. Je t’ai cherché aux quatre coins de cet endroit pendant des heures. Je t’ai appelée sur ton portable, ai envoyé des dizaines de messages. Tu étais introuvable, ton téléphone était éteint.

~ Ex…excusez-moi… vous… vous êtes mademoiselle Armani ?

Je fais volte face et dévisage mon interlocuteur comme si j’allais l’éventrer sans lui laisser le temps de poursuivre. Mais bon j’ai vaguement eu vent qu’il y avait des règles très strictes dans cet endroit. Et le but étant d’en partir et pas de s’attirer des ennuis qui m’obligeraient à y rester, je fais preuve d’un grand calme et ne touche pas à l’humain tremblotant comme une feuille sous l’emprise du vent.

Il me tend une enveloppe sur laquelle trône mon nom. Je la saisis sèchement, reconnaissant l’écriture de ma Sire sur le papier diaphane.
Elle est lourde. Aussi lourde que la mauvaise nouvelle qu’elle contient, peu de doutes à ce sujet. Je congédie l’humain sans autre forme de procès. Je sens que le contenu de cette enveloppe va me mettre très très en colère. Alors mieux vaut pour lui qu’il soit aussi loin que possible.

¤ Tu es furieuse et tu as sans doute raison de l’être.
Enza… quatre siècles. Nous avons passé près de quatre siècles ensemble.
Il est temps pour toi de prendre ton envol, sans moi.
Tu atteindras bientôt l’âge de la maturité vampirique, celui où tes pouvoirs seront à leur paroxysme.
Je ne te suis plus d’aucune utilité. A ton tour d’enfanter d’autres vampires, de perpétrer ta lignée.
Je n’ai pas choisi la Louisiane par hasard. Tu le découvriras très vite.
Dans l’attente que tu perces ce mystère, et tu le feras je le sais, voici deux clés.
Une ouvre l’appartement que je t’ai choisi à la Nouvelle-Orléans.
Pensais-tu sérieusement que je t’aurais obligée à vivre dans ce bourbier… Je te connais trop bien pour cela.
De toutes façons tu n’as pas les chaussures pour.
La seconde ouvre la porte de ton nouveau bureau.
Cela fait quelques décennies que tu compares tes talents de manipulation à ceux d’un avocat.
Te voilà donc munie d’un bureau et d’un certificat du barreau flambants neufs.
Je sais que tu en feras bon usage.
Ps : fais gaffe à tes canines quand tu es en présence des humains !
Ps2 : essaies quand même de retourner dans la communauté de temps en temps. Crois-moi, tu y feras des rencontres… intéressantes. ¤

Je ne sais trop comment réagir face à un tel message. Pleurer ? Oubliez ça, plutôt crever une seconde fois. Non… en fait je suis perplexe, comme souvent face aux frasques de ma Sire. Là elle a battu tous les records quand même… Mais qu’à cela ne tienne… je ne vais pas me laisser abattre, il ne faut pas compter là-dessus. Je prends ça comme un défi. Oui, un défi ! Tu vas voir ma chère Sire dont je ne sais toujours pas le nom… Oui, tu vas voir.

L’AVOCAT DU DIABLE

Le bruit des talons qui claquent sur le sol résonne sèchement dans le couloir. Une porte s’ouvre à la volée, laissant apparaître une jeune femme à la longue chevelure châtain. Vêtue d’un ample pantalon blanc dont les pans flottent avec légèreté autour d’elle, d’une fine chemise de mousseline de la même couleur, elle semble passablement agacée alors qu’elle s’assoit derrière un large bureau anthracite.

~ Carla qu’est-ce que tu fous non d’un chien ?! Beugle-t-elle dans le petit interphone posé sur sa table de travail.

Quelques secondes après, la dite Carla pénètre en trombe dans le bureau, soufflant comme un ruminant qui aurait traversé la moitié des états-unis sans prendre le temps de se reposer.
Enza extirpe un soupir et lève les yeux au ciel. Les humains ne servent vraiment, mais vraiment à rien…

~ Où en sont les affaires Molinsky, Johnson et Curling. Demande-t-elle d’une voix rapide alors que ses doigts se baladent sur les papiers de son bureau.

~ Le Procureur a abandonné les charges qui pesaient sur Curling et Molinsky, madame.

Un sourire d’intense satisfaction se dessine sur le visage d’Enza. Un sourire bouche fermée, bien sûr ! Sa petite visite de courtoisie chez le procureur aura donné ses fruits. Ceci étant… quand un humain réussira à se défaire d’une hypnose, ce sera une première et méritera que l’on sabre le champagne.

~ Et Johnson ?

L’assistante de la vampire ne répond pas immédiatement à la question de la brune. Premier point qui, à lui tout seul, aurait déjà tendance à agacer Enza mais qui, de surcroit, laisse sous entendre que cette affaire là ne se déroule pas sous les meilleures auspices.

~ Je t’ai posé une question.

~ Et bien… c’est à dire que…

~ C’EST A DIRE QUE QUOI ?! Tu la craches ton incompétence ou faut-il que je te pousse ?

Devenant rouge jusqu’à la racine des cheveux, les colères de la patronne n’étant pas reconnues pour être tempérées et sans conséquences, la dite Carla fixe le sol avec une obstination presque déplacée.

~ Le Juge a rejeté votre demande de délais et il semble que l’avocat de la partie adverse ait un nouveau témoin clé…

La mâchoire d’Enza se contracte et c’est en déployant toute son énergie qu’elle arrive de justesse à ne pas égorger son assistante.
Le bon côté des choses c’est qu’un témoin ça peut disparaître subitement, comme ça, pouf ! Mais dans la mesure du possible, elle aimerait éviter. Pas que cela la dérange de trancher une tête de plus ou de moins, non… Le souci c’est qu’elle doit toujours penser discrétion.
Hypnotiser l’avocat adverse ou tuer leur témoin pourraient être d’une enfantine facilité. Mais s’il se passe toujours des choses étranges autour des cas qu’elle traite, cela va finir par attirer l’attention et ça n’est pas bon du tout pour elle. Il va donc falloir trouver un autre moyen… Mais cela ne devrait que retarder un peu l’échéance, car Enza…. est pleine de ressources.

Un courant d’air presque imperceptible souffle sur sa nuque. Un sourire en coin se dessine brièvement sur ses traits alors qu’elle agite sa main tendue comme si elle chassait une mouche.

~ On s’en débrouillera. Maintenant pars en week-end, allez oust. Lance-t-elle d’une voix presque candide, à la stupéfaction générale de son assistante.

Au pire si elles perdent cette affaire ça ne sera pas bien grave. D’ailleurs il le faut de temps en temps, c’est plus crédible ainsi.
Bouche bée, s’attendant à se faire virer sans autre forme de procès (c’est le cas de le dire !) Carla acquiesce en silence, tourne les talons et quitte le bureau.

Durant quelques secondes le silence baigne la pièce, sans qu’Enza ne fasse le moindre mouvement. Ce n’est que lorsque son ouïe fine entend la porte d’entrée du cabinet se refermer derrière Carla, qu’elle extirpe une bouteille d’un très bon Scotch et deux verres en cristal de son tiroir.
Après avoir rempli le tiers de chaque récipient et poussé l’un des deux sur la surface de son bureau à l’opposé du côté où elle est assise, elle s’adosse confortablement dans son large fauteuil de cuir sombre.

~ Cela faisait bien longtemps…

~ En effet… Enza.

A ces mots une ombre se matérialise sur la chaise qui fait face à la vampire, devant le verre de Scotch. A croire que tous ceux qui l’approchent évitent soigneusement de lui donner quelque information que ce soit sur leur identité, celui qui se tient face à elle est enveloppé de noir de la tête aux pieds. Même ses mains sont gantées d’obscurité.
La seule certitude, et encore toute manipulation étant possible rien n’est moins certain finalement, c’est qu’apparemment il s’agit d’un homme.

~ Alors, qu’est-ce que tu as pour moi aujourd’hui ? Demande-t-elle après avoir bu une gorgée de son breuvage.

~ Deux certitudes et une supposition.

Plissant légèrement les paupières, l’italienne fixe son interlocuteur avec attention. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a toujours su ménager le suspens.
Le deal est simple. Il lui apporte des informations sur la communauté des créatures surnaturelles et sur l’île, et de son côté elle défend les personnes mentionnées sur une liste qu’il met à jour régulièrement. Chacune de ces personnes est dans la position d’une victime : viol, cambriolage, détérioration des biens, abus sexuel ou harcèlement au travail… ce genre de choses.

Au départ, cela avait foncièrement choqué notre vampire qui n’avait pas du tout l’intention de défendre la veuve et l’orphelin. Étrange demande de la part de son informateur d’ailleurs. Qui qu’il soit, il est certain que la justice lui tient à coeur. Concept parfaitement absurde au regard de la brune, mais passons.

Avec le recul et un peu de temps pour y réfléchir, elle est cependant parvenue à la conclusion que ce deal était une très bonne idée. Non seulement elle aurait les infos dont elle avait besoin, mais en plus elle passerait pour la sauveuse de ces pauvres âmes. Ce qui fut l’effet escompté, car si Enza a une réputation de killeuse dans son métier, elle commence doucement mais sûrement à être considérée comme l’avocate la plus proche du peuple et des victimes de la région. Passer pour l’héroïne sur son fier destrier, ça n’est normalement pas sa tasse de thé, mais il faut reconnaître que cela a pas mal d’avantages… dont celui de lui donner le bon dieu sans confession. Les pauvres, s’ils savaient…

~ Commençons par les certitudes. Tu as réussi à attirer les foudres de l’île sur le vampire et le sorcier dont nous avions parlé ensemble. Ta mise en lumière de leurs actes a retenu l’attention et ils croupissent désormais là-bas, d’après mes informations.

Enza ne cache pas sa satisfaction. Ils n’ont pas volé leur sort tous les deux. Surtout ce sale sorcier… ça lui apprendra à jeter un sortilège sur des vampires, à ce gros con.

~ Et la supposition ?

~ Il semble que tu n’as pas attiré l’attention que sur eux, mais également sur toi.

Le sourire d’Enza s’élargit. Voilà une nouvelle qui, si elle pourrait s’avérer étonnante dans un sens, ne la surprend cependant pas plus que cela. C’était à prévoir. Lazlow est tout sauf un imbécile. Prétentieux d’après la rumeur, imbus de son pouvoir, mais pas bête. Il était certain qu’il repèrerait ses actions à un moment ou à un autre. Le fait est que c’est arrivé plus tôt que prévu.

~ Tu joues avec le feu Enza. Fais attention à ne pas te faire brûler vive…

La recommandation semble sincère, à tel point que sur le moment les lèvres carmins de la brune s’entrouvrent de surprise. C’est qu’elle n’a pas vraiment l’habitude qu’on la prenne en sympathie, elle ne fait d’ailleurs rien pour et ça lui va très bien comme ça.

~ T’inquiètes donc pas. Je sais ce que je fais. Dit-elle en agitant la main d’un air désuet.

Ah oui… en es-tu vraiment certaine… Enza…?

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