Entre rêve et réalité ¤ Chapitre 6

Chemin de la Philosophie - Kyoto ©aHina
Chemin de la Philosophie – Kyoto ©aHina

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¤ Chapitre 6 ¤

Mon entourage proche est souvent persuadé que je suis casanière, très (trop ?) indépendante, solitaire… et que j’ai souvent besoin d’être dans ma bulle. En définitive ce n’est pas tout à fait exact… Il est vrai que je suis quelqu’un de casanier, j’ai pris cette mauvaise habitude par le passé et si j’essaie de m’en défaire, ça n’est pas toujours évident. Cependant, il suffit juste de m’observer avec un peu d’attention pour vite réaliser que je ne suis pas si solitaire que j’en donne parfois l’apparence.

Un jour, un ami m’a dit « Tu donnes le sentiment de mettre de la distance alors qu’au final tu es entourée en permanence » . Une phrase on ne peut plus juste pour une simple raison… Que l’on cautionne ou pas, je fais partie de ces gens qui sont connectés 24h/24h. J’ai toujours mon téléphone, voire ma tablette à portée de main, je suis souvent derrière mon ordinateur. Je suis sur différents réseaux sociaux, parfois tous en simultané et tout au long de la journée. Appels, sms, messenger et autres applications mobiles de communication diverses et variées… C’est mon lot quotidien, j’ai du mal à faire sans même si je le peux (quand même !).

Je ne fais que ça, tout le temps, quelle que soit l’heure. Alors en définitive oui, je suis aussi indépendante que je passe mon temps à communiquer en quasi permanence.

Oui mais ça… ça va quand je suis chez moi. Parce qu’en un coup de fil, un petit texto, le jour J ou au pire le lendemain, j’ai la possibilité d’aller prendre un café avec une copine, de dîner en famille, d’aller voir un film ou une exposition avec des amis. Là je suis à des milliers de kilomètres, je suis vraiment seule au monde et ça commence à me sembler long. J’ai même le sentiment de ressentir une pointe de tristesse parfois… l’impression de rater quelque chose, de louper une marche, de vivre un instant à moitié.

Température infernale encore aujourd’hui. 42 degrés, peut être plus… Ajoutez le taux d’humidité et vous aurez la joyeuse sensation d’être dans un hammam en extérieur. Le Chemin de la Philosophie me semble donc tout indiqué. Considéré comme la balade zen par excellence à Kyoto, il débute du temple Ginkaku-ji jusqu’au temple Eikan-do Zenrin-ji (ou l’inverse, tout dépend le sens dans lequel vous l’empruntez…), la majorité de la route est ombragée.

Un petit cours d’eau où s’ébattent quelques poissons, m’accompagne tout au long du pèlerinage de deux kilomètres. Au choix je longe ce filet aqueux jusqu’à destination, ou alors je m’égare de temps à autres pour aller visiter les quelques temples qui jalonnent le parcours. J’ai opté pour le second choix.

Je ne sais pas pourquoi je me suis écartée de la route à ce moment là. J’ai cru. Oui, j’ai cru voir quelque chose. Une ombre, je ne sais pas trop finalement… sans doute était-ce les arbres sous le vent, un chat qui a eu peur que je le découpe en rondelles (comme si j’étais capable de faire ça, franchement !) ou peut être encore autre chose… Toujours est-il que j’ai quitté le cours d’eau pour m’enfoncer dans une ruelle.

Toutes les rues qui jouxtent le Chemin de la Philosophie de part et d’autres sont petites, abritant maisonnées ou boutiques. Elles s’enfoncent dans les terres, vers la moderne Kyoto ou au contraire se dispatchent, se fondent dans la masse d’une verdure qui se fait plus imposante au gré que l’on s’éloigne du centre ville. Au départ, le goudron se répand sur le sol, puis il est remplacé par de la terre, comme si toute civilisation désertait les lieux.

Les buissons semblent se mettre à pousser tout autour de moi, les arbres me paraissent plus hauts, plus imposants. Les fougères se répandent largement, comme si elles prenaient une profonde inspiration dont on les aurait privées trop longtemps. La forêt bruisse de nombreux pépiements, froissements de feuilles et autres sons que je ne reconnais pas.
Je marche sans vraiment réfléchir. Je profite de l’odeur de la nature, un peu fleur bleue, le nez au vent. Croyez-moi, ça ne fait pas de mal de temps en temps de se prendre pour Gwendoline au pays des Bisounours !

Cependant je finis par stopper mes pas. Ça fait un petit moment que je me suis écartée du Chemin de la philosophie et le soleil commence à décliner. Je n’ai pas peur, je n’ai jamais eu peur de quoi que ce soit au Japon, je l’ai déjà dit et même seule dans une forêt à la nuit tombante, je ne crains rien (peut être à tort… c’est un autre sujet…). Mais là j’avoue que je ne vibre pas vraiment à l’idée de me retrouver complètement paumée en pleine nuit dans une forêt nippone, aussi accueillante me semble-t-elle à cette minute.

Il est donc temps de faire demi-tour. Oui, mais…

Mon regard tombe sur une flopée de marches qui s’élève en escalier vers le sommet de ce qui ressemble à une petite (colline). Je ne vois pas son issue de là où je suis mais ça ne me semble pas très haut ni très long. Les marches sont vermoulues, on les dirait abandonnées à leur sort depuis fort longtemps… J’avance. Je n’en ai pas pour longtemps, je grimpe juste ces quelques pierres pour voir ce qu’il y a en haut et je redescends pour rentrer (en essayant de ne pas me péter la jambe au passage parce que la mousse ça glisse !).

Je fais quelques pas, jusqu’à rejoindre la première marche. J’écarquille les paupières, je retiens un rictus de surprise à la dernière minute. Sur la 6ème, ou peut être 8ème marche, je ne sais pas trop… (et finalement qu’importe !) un petit renard. Il est magnifique. Son pelage roux d’automne est aussi brillant que l’eau sous les rayons du soleil, ses deux prunelles d’ébènes ressemblent à la soyeuse fourrure d’une panthère noire, son museau blanc rappelle la pureté de la neige qui vient tout juste de se poser sur la branche d’un arbre. Je suis absolument admirative.

Certains diront « Ce n’est qu’un renard, il n’y a pas de quoi hurler à la merveille » . A ceux là je dirais… si vous pensez cela, c’est que vous n’avez pas croisé ce renard là.

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